Pour « une école bienveillante »

« L’école maternelle est une école bienveillante, plus encore que les étapes ultérieures du parcours scolaire. Sa mission principale est de donner envie aux enfants d’aller à l’école pour apprendre, affirmer et épanouir leur personnalité. Elle s’appuie sur un principe fondamental : tous les enfants sont capables d’apprendre et de progresser. En manifestant sa confiance à l’égard de chaque enfant, l’école maternelle l’engage à avoir confiance dans son propre pouvoir d’agir et de penser, dans sa capacité à apprendre et réussir sa scolarité et au-delà. » (extrait du BO 2015)

« Installer avec les élèves une relation de confiance et de bienveillance. » Et oui, c’est évidemment listé dans le référentiel de nos compétences professionnelles. Le message est bien passé aussi à l’IUFM/l’ESPE, de façon brute pour ma part, sans indications pour m’aider à maîtriser cette compétence dans l’exercice du métier. C’est facile à demander « une école bienveillante » ! Tout comme c’est facile de se persuader qu’on sera au top niveau bienveillance avant d’enchaîner ses premières expériences 😉 Et puis on débarque sur le terrain, avec les trajets de route, les prép’ interminables, la fatigue qui s’accumule, les effectifs de classe trop élevés, les élèves « difficiles », les parents, le système de gestion du personnel qui laisse à désirer, les conflits de toutes sortes à gérer, … ça peut vite relever du défi de rester dans la bienveillance ! Donc, en pratique… On fait comment ?

Je n’ai pas la prétention de pouvoir répondre à cette question. Mais j’avais envie de partager des pistes de réflexion piochées ici et là pour cheminer vers un état d’esprit bienveillant.

Je suis un bébé girafe.

A la lecture de la phrase précédente, il y a de quoi se poser des questions si on n’a jamais entendu parler de CNV (Communication NonViolente) !

La CNV a été créée par le psychologue Marshall B. Rosenberg.

Son constat de départ est qu’il y a deux manières de communiquer : dans la dureté, le rapport de force et l’autorité / dans la douceur, l’empathie et la compréhension. Il propose une métaphore intéressante : celle du chacal (animal fourbe et agressif) et de la girafe (animal pacifiste et disposant d’un gros coeur au sens anatomique).

Merci à l’apprentie girafe illustratrice qui m’autorise à partager ici ses dessins inspirants !

Se tourner vers la CNV est une démarche qui nous invite à reconsidérer notre manière d’écouter et de nous exprimer. La pratiquer en tant qu’enseignant permet d’améliorer la qualité de ses relations avec ses collègues, avec ses élèves, d’augmenter leurs performances, de repérer les obstacles qui suscitent de la violence et de désamorcer les situations conflictuelles.

Il y a des enseignants au langage chacal qui revendiquent leur autoritarisme… Et puis il y a des enseignants qui essayent de rester dans la bienveillance, adoptant un langage girafe peut-être parfois sans le savoir. La tendance habituelle de l’humain est de s’orienter vers des comportements chacals (juger, accuser, menacer, faire du chantage, culpabiliser l’autre, critiquer…). S’initier à la CNV aide à prendre conscience de notre langage chacal, exprimé malgré nous, et à le traduire en termes non-violents, à partir de nos sentiments et de nos besoins.

Exemples de parler chacal chez les enseignants :
– juger l’élève « Tu es paresseux. »
– imposer sans laisser de choix possible « Tu dois faire ce travail que ça te plaise ou non. »
– attribuer la cause de quelque chose sur autre chose ou quelqu’un « Nous allons faire ça parce que toute l’école le fait. »
– justifier une action par la nécessité d’obéir à une autorité « C’est la directrice qui … »
– justifier une action par un état psychologique « Je vous gronde parce que je suis fatigué(e). »

Pour commencer à parler girafe, l’apprentie girafe nous dit qu’il faut se nourrir d’inspiration et d’empathie.

Pour l’inspiration, vous pouvez déjà parcourir son blog, ou le wiki dédié à la CNV, lire le livre de Rosenberg « Les mots sont des fenêtres – ou bien ce sont des murs », pour aller plus loin, on peut même se former (en trois modules). Pour l’empathie, l’idéal est de se rapprocher d’un groupe qui pratique la CNV.

On peut lire cet article de deux points de vue : en tant qu’enseignant qui veut parler girafe ; mais également en tant qu’enseignant qui veut transmettre à ses élèves ce mode de communication. Et si nous transformions nos élèves en bébés girafes ?!? Offrons aux enfants l’écoute active et empathique dont ils ont besoin, et inspirons-les petit à petit dans la manière de résoudre leurs différends. ❤️
Dans un premier temps, on commencera par aider nos petits élèves à identifier et mettre des mots sur leurs émotions. Parce que savoir exprimer ce qu’on ressent aide à réduire les situations conflictuelles (retour à l’article sur les émotions pour des idées de mises en oeuvre). 

La démarche à adopter se résume en quatre étapes : OSBD.

Observer : J’observe ce que je vois, ce que j’entends, sans jugement de valeur. Je me décris la situation de façon précise et objective, sans émettre d’hypothèses sur ce qui s’est produit avant.

Sentiments : Je verbalise mes sentiments, ce que j’éprouve par rapport à cette situation. Je commence mes phrases par « je » car je décris mon ressenti personnel. J’utilise tout le champ lexical des émotions en veillant à rester dissocié des intentions de l’autre (par exemple, on ne peut pas dire « je me sens rejeté » qui supposerait que l’autre nous a rejeté mais on peut dire « je me sens déçu, je suis en colère, j’ai de la peine »).

Besoins : J’exprime mes « besoins » qui ne peuvent pas être des actions ou des choses (exemples de besoins pour un élève : respect, confiance en soi, confiance en l’autre, apprentissages, autonomie, appartenance au groupe-classe…). Cette étape peut être difficile car le plus souvent, nous ne sommes pas habitués à conscientiser nos besoins. C’est même pour ça que nous adoptons des comportements chacals, cela permet de répondre à nos besoins non satisfaits.

Nous pensons parfois à tort que nos sentiments sont provoqués par les situations que nous vivons. Cela est dû au fait que ce sont nos émotions qui nous envahissent spontanément à l’intérieur. Pourtant, les sentiments qu’on éprouve découlent de nos besoins.
Le dessin ci-dessous de l’apprentie girafe illustre parfaitement cette idée !

Demande : Je demande une action réalisable qui pourrait satisfaire les besoins exprimés, sans l’ordonner. Je n’exige pas (donc je n’emploie pas de formulations qui commence par « il faut que », « tu dois »…). Je veille à demander ce que je veux de façon précise au lieu de ce que je ne veux pas.

– Attention aux formulations négatives lorsqu’elles mettent l’accent sur ce qui ne va pas. Il est plus facile pour l’enfant de se concentrer sur une consigne positive et de la respecter. Les négations demandent une réflexion supplémentaire et peuvent limiter la compréhension du message à faire passer. Exemple : dire « Utilise le pinceau » au lieu de « Ne mets pas tes doigts dans la peinture ». Il faut essayer de tenir un dialogue positif chaque fois que c’est possible. Par exemple, au lieu de dire « Ne pleure pas », dire « Tu es triste ? Tu es en colère ? Raconte-moi ce qui se passe. »
– Bien souvent, on peut éviter de donner certains ordres en employant des « questions de curiosité ». C’est une pratique de discipline positive qui invite l’enfant à réfléchir, à trouver des solutions par lui-même. Et elle est applicable en classe ! Par exemple, au lieu d’ordonner « écris ton prénom sur la feuille », on peut demander : « Qu’est-ce que tu pourrais faire pour que je reconnaisse que c’est ton travail ? »

La démarche OSBD est accessible à tous. Elle a l’avantage de pouvoir être utilisée sans retenue puisqu’elle ne manipule pas l’autre (à l’école mais aussi dans ses relations familiales ou amicales).

Parce qu’il ne faut pas oublier d’être bienveillant(e) avec soi-même, voici en guise de conclusion ma p’tite liste de choses à faire :

  Pour un(e) Enseignant(e) qui a la Pêche :

Girafe en forme– Sourire souvent (si, si, ça a un effet rétroactif, on est de meilleure humeur)
– (Se forcer à) Cultiver les pensées positives
– Pleurer lorsqu’on en a besoin (mais jamais en classe ou devant des élèves), les larmes aident à décharger les émotions négatives
– Lorsqu’on doit faire le choix entre dormir et peaufiner ses prép’, privilégier le sommeil
– Dire « merci » plus souvent, savoir exprimer sa gratitude
– Respecter les limites qu’on se fixe
– Donner aux élèves sans attendre de reconnaissance de la part de sa hiérarchie ou des parents
– Prendre soin de soi, s’accorder du temps pour soi, se faire des petits plaisirs

Pour continuer la réflexion sur une école bienveillante, vous pouvez
aussi faire un tour sur cet autre article de mon blog !

Une réflexion au sujet de « Pour « une école bienveillante » »

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